L'impression donnée par Trump est "que les États-Unis ne sont plus un partenaire commercial fiable. La réponse logique est de trouver d'autres partenaires", analyse un expert.
Xi Jinping à Pékin, en Chine, le 4 décembre 2025. ( POOL / LUDOVIC MARIN )
Heurtés de plein fouet par l'offensive douanière et diplomatique des États-Unis de Donald Trump, les pays occidentaux cherchent à resserrer les liens économiques avec la Chine et tourner ainsi, parfois, la page des années de froid diplomatique. Un rapprochement qui s'annonce délicat sur fond d'échanges déséquilibrés et de risques sécuritaires.
"C'est dans notre intérêt national de dialoguer avec la Chine (...) la deuxième économie mondiale, notre troisième partenaire commercial", affirmait mercredi 28 janvier le Premier ministre britannique Keir Starmer au début d'une visite en Chine. Face à une conjoncture économique morose, il prône un partenariat "pragmatique" après des années de tensions, et a évoqué jeudi "des progrès" concernant notamment les droits chinois sur le whisky.
Mi-janvier, le Premier ministre canadien Mark Carney signait à Pékin un accord "commercial préliminaire, mais historique" concernant des droits de douane réciproques et l'importation de véhicules électriques, mettant fin à des années de brouille.
Le président français Emmanuel Macron en décembre, et les Premiers ministres irlandais et finlandais début janvier ont aussi fait le voyage.
"Une course s'engage entre les dirigeants européens pour rencontrer Xi Jinping" et "sécuriser investissements et accès au marché", observe Hosuk Lee-Makiyama, chercheur de l'European Centre for International Political Economy.
L'objectif d'Ottawa, plombé par l'offensive douanière américaine, était d'"adapter sa stratégie à un monde où les chaînes d'approvisionnement sont utilisées comme armes", et où "son interdépendance harmonieuse avec les États-Unis" s'est évanouie, ajoute Vina Nadjibulla, de la Fondation Asie-Pacifique du Canada.
"Réajustements ciblés"
"Ces visites reflètent des réajustements ciblés et maîtrisés, dans un contexte d'incertitude croissante sur la politique américaine, plutôt qu'un pivot stratégique vers la Chine", tempère Yue Su, économiste de l'Economist Intelligence Unit. "Les menaces et l'imprévisibilité de Trump constituent la toile de fond, mais la motivation principale est la gestion des risques : stabiliser des relations tendues, obtenir des avantages économiques limités, explorer les opportunités du vaste marché intérieur chinois", indique-t-elle à l'AFP.
La visite de Mark Carney signale un dégel "transactionnel" où les secteurs sensibles restent soigneusement protégés, et "le voyage d'Emmanuel Macron visait à relancer le dialogue et à préserver des intérêts spécifiques, comme l'accès aux terres rares, sans résoudre les principaux différends", insiste Yue Su.
L'UE s'alarme ainsi de son déficit commercial massif dépassant 300 milliards de dollars avec la Chine et des restrictions d'accès au marché chinois.
Pour autant, l'impression donnée par Trump est "que les États-Unis ne sont plus un partenaire commercial fiable. La réponse logique est de trouver d'autres partenaires, de ne pas mettre ses œufs dans le même panier", explique à l'AFP William Reinsch, chercheur au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).
Une diversification visible ailleurs en Asie : l'Inde et l'UE ont officialisé mardi la conclusion d'un ambitieux accord commercial . Le Vietnam et l'UE ont renforcé jeudi leurs relations diplomatiques, s'engageant à une coopération commerciale accrue. Et en septembre, l'UE et le Canada ont signé des accords de libre-échange avec l'Indonésie.
Conciliation "symbolique"
Mais la Chine se distingue par son poids économique incontournable pour les exportateurs occidentaux.
Pékin, lui-même en conflit commercial avec les États-Unis "a tout intérêt à maintenir les marchés européens ouverts, à apaiser les tensions, à se démarquer en promouvant un monde multipolaire", observe Yue Su, d'autant que les exportations sont son principal moteur de croissance.
Mais les gestes de conciliation "restent largement symboliques : déséquilibres commerciaux, sujets technologiques sensibles, accès au marché chinois demeurent des enjeux non résolus", insiste-t-elle.
"Pékin a démontré sa capacité et sa volonté d'utiliser la coercition économique pour atteindre ses objectifs", abonde William Reinsch, jugeant que les Occidentaux devraient rester "prudents".
Il s'agit de discuter avec Pékin "sans compromettre" la sécurité nationale britannique, a reconnu Keir Starmer.
Signe de cette ambivalence : si l'UE, d'un côté, a récemment ouvert la porte à une alternative aux taxes antidumping imposées aux véhicules électriques chinois, elle entend par ailleurs bannir les équipementiers chinois de ses réseaux télécoms.
Enfin, "une dépendance accrue au marché chinois sans stratégie de diversification sérieuse augmenterait les risques à long terme", souligne Vina Nadjibulla, alors que les firmes chinoises dominent déjà nombre de composants, de la pharmacie aux terres rares.
Danger plus immédiat : s'attirer les foudres de Donald Trump. Le président américain a menacé samedi d'imposer des "droits de douane à 100%" au Canada en cas d'accord commercial avec la Chine.
2 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer